Savoir
Où sont vos données patients et comment elles sont protégées. Sur le serveur, dans le cloud, sur une clé USB, dans votre messagerie, sur le téléphone d'un collaborateur.
Conformité nLPD · Cybersécurité
Depuis le 1er septembre 2023, la nouvelle Loi fédérale sur la Protection des Données (nLPD) vous tient personnellement responsable de la sécurité des données de vos patients. Ce guide vous explique vos obligations et les mesures concrètes à mettre en place.
LA SITUATION EN SUISSE
Les cyberattaques ne visent pas uniquement les grandes entreprises. Les attaques de masse touchent aussi les cabinets médicaux et dentaires : un seul clic sur un faux e-mail peut suffire.
Sources : rapport annuel 2025 de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS), communiqués du Groupe 3R (avril 2025 et avril 2026) et de Vidymed (décembre 2024 et janvier 2025).
Responsabilité personnelle Les amendes de la nLPD visent les personnes physiques, pas l'entreprise, et seulement les violations intentionnelles, le plus souvent sur plainte. Dans un cabinet dentaire, c'est en général le titulaire ou le dirigeant qui est concerné. Le délai de prescription est de 5 ans (Art. 66 nLPD).
CE QUE LA LOI EXIGE
La nLPD ne vous demande pas de devenir informaticien. Elle vous demande de savoir, de réagir et de prouver.
Où sont vos données patients et comment elles sont protégées. Sur le serveur, dans le cloud, sur une clé USB, dans votre messagerie, sur le téléphone d'un collaborateur.
En cas de violation de la sécurité des données, le PFPDT doit être informé dans les meilleurs délais (Art. 24 nLPD). Les patients concernés doivent également être informés si nécessaire.
Sur demande, vous devez pouvoir prouver que vous avez pris les mesures techniques et organisationnelles nécessaires : documentation, contrats, formations, registre des traitements.
DONNÉES SENSIBLES
Un cabinet dentaire traite quotidiennement des données de santé, classées comme sensibles au sens de l'Art. 5 let. c nLPD, qui bénéficient du niveau de protection le plus élevé prévu par la loi. Ses autres données personnelles demandent elles aussi une protection soignée.
Radiographies, CBCT, photos intra-orales, diagnostics, plans de traitement, prescriptions, antécédents médicaux, notes cliniques, correspondances avec d'autres praticiens.
Empreintes dentaires numériques, empreintes optiques, modèles 3D. Certains examens peuvent révéler des informations à caractère génétique (Art. 5 let. c ch. 3).
Numéros AVS, dates de naissance, coordonnées, formulaires d'anamnèse, consentements, données d'assurance LAMal et complémentaires.
Échanges par e-mail avec les patients, bons de commande aux laboratoires, factures, relevés d'assurance, historique de paiement.
MESURES CONCRÈTES
Chaque point ci-dessous est détaillé dans le guide de référence téléchargeable gratuitement en bas de page.
Toute communication contenant des données patients doit transiter par une messagerie chiffrée de bout en bout. Gmail, Hotmail, Bluewin et WhatsApp ne sont pas conformes pour les données médicales.
Tous les postes doivent fonctionner sous un système d'exploitation encore supporté par l'éditeur. Le support de Windows 10 a pris fin en octobre 2025. Les logiciels dentaires et les navigateurs doivent également être à jour.
3 copies de vos données, sur 2 supports différents, dont 1 hors du cabinet, et idéalement une copie déconnectée ou immuable. La restauration doit être testée régulièrement, au moins une fois par an. Votre prestataire informatique doit mettre en place et documenter cette stratégie.
BitLocker (Windows) et FileVault (macOS) doivent être activés sur tous les postes et serveurs. Un ordinateur volé sans chiffrement expose immédiatement toutes les données patients.
Minimum 12 caractères, stockés dans un gestionnaire sécurisé. La double authentification (2FA) doit être activée sur tous les accès critiques : messagerie, logiciel de gestion, accès à distance.
Le réseau du cabinet (postes, serveur, imprimantes) doit être physiquement séparé du réseau invité destiné aux patients. Un appareil infecté sur le réseau invité ne doit pas pouvoir atteindre vos données.
Les outils d'accès distant gratuits en veille permanente (TeamViewer, AnyDesk) représentent un risque majeur. Un VPN professionnel ou une solution RMM managée par votre prestataire sont les alternatives conformes.
Un antivirus seul, dont personne ne suit les alertes, laisse passer des attaques nouvelles. Une solution EDR (Endpoint Detection and Response), surveillée par un professionnel, détecte les menaces par l'analyse comportementale et permet d'y réagir.
Un compte nominatif par collaborateur, principe du moindre privilège, désactivation immédiate au départ. Aucun compte partagé.
Un contrat est obligatoire avec tout prestataire qui traite des données patients pour le compte du cabinet : prestataire IT, hébergeur cloud, fiduciaire. Mieux vaut l'écrire, pour pouvoir le prouver. Sans contrat, aucun recours en cas de problème, et confier intentionnellement des données sans respecter ces règles est passible d'une amende jusqu'à 250'000 CHF.
Les erreurs humaines sont à l'origine d'une part significative des violations de données. La formation du personnel (phishing, mots de passe, procédure d'urgence, secret professionnel) doit avoir lieu au minimum une fois par an.
Même avec un bon niveau de sécurité, le risque zéro n'existe pas. Une assurance cyber couvre les frais d'intervention d'urgence, la perte de chiffre d'affaires et les frais de notification en cas d'incident.
EN CAS D'INCIDENT
Si vous suspectez une attaque ou une fuite de données, les premières minutes sont déterminantes. Suivez ces étapes dans l'ordre.
Débrancher le câble réseau, désactiver le WiFi. Ne pas éteindre le poste ; cela détruit les preuves.
Votre prestataire informatique en premier. Si indisponible : OFCS via incidents@ncsc.ch ou report.ncsc.admin.ch.
Photographier les écrans, noter l'heure exacte, lister les postes et données potentiellement touchés.
Recommandation officielle de la Confédération. Payer ne garantit rien et finance les réseaux criminels.
Des données patients sont-elles touchées ? Si le risque pour les patients est vraisemblablement élevé, la notification au PFPDT est obligatoire ; en cas de rançongiciel, ce risque est en principe présumé.
Via databreach.edoeb.admin.ch, dans les meilleurs délais (Art. 24 nLPD).
Le PFPDT ne fait pas de descente dans votre cabinet. Il lit votre annonce, vérifie que vous avez réagi correctement et peut demander des précisions. La règle d'or : notifier tôt vaut mieux que ne pas notifier.
CAS RÉELS
| Incident | Date | Conséquences |
|---|---|---|
| Groupe 3R, Réseau Radiologique Romand (20 centres, 7 cantons) | Avril 2025 et avril 2026 | Deux attaques par rançongiciel, données de patients volées ; rançon refusée, données publiées en 2026 |
| Vidymed, Lausanne et Epalinges | Décembre 2024 | Informatique suspendue, retour au papier ; l'essentiel des données restauré cinq semaines plus tard |
Ce que coûte une attaque Des jours, parfois des semaines, de travail au ralenti : chez Vidymed, il a fallu cinq semaines pour récupérer l'essentiel des données. S'y ajoutent la remise en état, l'information des patients et la perte de leur confiance.
CONTACTS D'URGENCE
| Organisme | Rôle | Contact |
|---|---|---|
| OFCS | Signalement cyberattaque | incidents@ncsc.ch · report.ncsc.admin.ch |
| PFPDT | Notification violation de données | +41 58 462 43 95 (lu-ve 10h-12h) · databreach.edoeb.admin.ch |
| Police cantonale | Vol de matériel, plainte | 117 |
RESSOURCES GRATUITES
Tous les documents ci-dessous sont gratuits et librement téléchargeables. Ils sont conçus pour être utilisés directement dans votre cabinet.
Procédure d'urgence. Recto-verso, à imprimer et afficher en cabinet.
Politique interne complète avec attestation de prise de connaissance.
Formulaire avec sujets à cocher, à conserver dans le dossier du personnel.
Les 6 étapes et contacts d'urgence. À remettre à chaque collaborateur.
Document d'une page pour stagiaires, remplaçants et intervenants externes.
Contrat Art. 9 nLPD pour tout prestataire qui traite des données patients pour le cabinet.
Inventaire structuré de tous les traitements de données du cabinet.
Information aux patients sur le traitement de leurs données personnelles.
Lettre type pour répondre aux demandes d'accès des patients (Art. 25 nLPD).
Formulaire interne pour documenter chaque incident de sécurité.
Utilisation libre Ces documents sont fournis à titre informatif et éducatif. Ils ne constituent pas un avis juridique. Adaptez-les à la situation spécifique de votre cabinet et consultez un juriste spécialisé pour toute question relative à la nLPD.
DentalSystems Sàrl accompagne les cabinets dentaires en Suisse romande sur la cybersécurité, la conformité nLPD et l'infrastructure informatique.
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Pour toute question juridique relative à la nLPD, au RGPD ou à la protection des données dans le contexte médical, consultez un juriste spécialisé.
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Thomas Alvino, Technicien IT
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